Arrêter le harcèlement au travail

Harcelement-au-travail

« Si certaines personnes essaient de vous rabaisser, cela signifie que vous êtes au-dessus d’elles. » – Anonyme

Le harcèlement au travail, voilà un sujet tabou en société s’il en est, et il est important d’éclaircir les mécanismes pervers qui y sont associés et surtout donner des solutions pour s’en sortir.
Le harcèlement est une pratique extrêmement répandue, près de 3 salariés sur 10 ont été un jour harcelé sur leur lieu de travail, et plus d’un tiers ont été témoin d’une scène de harcèlement. Que vous soyez un homme ou une femme, un ouvrier ou un cadre supérieur, dans le public ou dans le privé, le harcèlement existe toujours dans les mêmes proportions : ainsi, c’est une situation à laquelle vous risquez un jour d’être confronté.

Qu’est-ce que le harcèlement ?

C’est une ultime manipulation mentale visant à détruire un individu, pour cela l’harceleur ne cesse de répéter des comportements hostiles et persistants jusqu’à obtenir une dégradation des conditions de travail, de la dignité, de la santé physique ou psychique ainsi que du devenir professionnel de sa cible.

Contrairement à la croyance populaire, les personnes harcelées ne le sont pas parce qu’elles sont considérées comme « faibles », « trop émotives/sensibles » mais bel et bien parce qu’elles sortent du lot et leur non-conformité à l’image de l’entreprise ou à ses collègues, que ce soit à cause de leur aisance à communiquer, de leur personnalité, couleur de peau ou de leur sexe.
Le harcèlement peut également être le fait d’une seule personne ou plus généralement d’un groupe. Il peut être aussi lié à l’institution à cause d’un management pervers, de privatisations, ou encore pour asservir un subordonné syndiqué ou récalcitrant.

Le but du harcèlement est donc d’humilier une personne, la faire taire, qu’elle soit moquée de tous et devienne le bouc émissaire de l’entreprise. Généralement c’est pour la pousser à la démission.
Les motifs du harcèlement sont toujours liés à la peur de la personne harcelée, qui peut menacer la place ou les habitudes de travail du harceleur, parfois c’est simplement parce qu’elle coûte trop cher à l’entreprise qui préfère embaucher des stagiaires non rémunérés à la place des anciens.

La cible est préférentiellement un salarié qui a fait son temps dans l’entreprise, donc qui a énormément de compétences et d’expertise dans son domaine, les insoumis (syndiqués, ou bien refusant des tâches ou des comportements contraires à leurs valeurs), ce qui est tout l’inverse de personnes en situation de faiblesse ou « faibles ».

L’entourage n’est pas forcément au courant non plus de ce qui se passe au travail, le harcèlement n’étant pas fait en public. D’autre part à force de plaintes à ce sujet, l’entourage peut considérer la cible comme un boulet, un poids et c’est à ce moment-là que le harceleur a réussi sa mission.
Les collègues au travail ne sont pas non plus d’une grande aide parce qu’ils ne voient pas le harcèlement, ont peur d’être harcelés à leur tour ou bien sont convaincus par le harceleur qu’elle est le problème.
Après un temps de résistance, la cible qui perd tout soutien s’effondre peu à peu, croit aux critiques du harceleur et entre en dépression.

Les Harceleurs, qui sont-ils ?

Les harceleurs sont rarement des pervers narcissiques ou psychopathes, là aussi, comme le croit beaucoup de personnes. C’est souvent n’importe qui, notamment des supérieurs à la cible qui peuvent alors abuser librement de leur pouvoir sans être inquiétés, ou bien par stratégie de restructuration d’une entreprise. Ce qui pousse alors les managers à se charger de cette basse besogne, en essayant d’évincer un maximum de salariés de l’entreprise et/ou forcer à la hausse la productivité jusqu’au burn-out.

D’après le psychiatre et psychologue Heinz Leymann, il existe environ 45 agissements qui sont liés à un harcèlement en entreprise, ils peuvent être regroupés en 5 grandes catégories :

1. Les agissements visant à empêcher la cible de s’exprimer : le harcelé est constamment interrompu, son travail et sa vie personnelle critiquée, il est ignoré ou l’on refuse le contact avec lui, etc.
2. Les agissements visant à isoler la cible : le harcelé est envoyé dans un poste de travail éloigné de ses collègues, ses collègues ont interdiction de lui parler, il est mis au « placard »
3. Les agissements visant à déconsidérer la cible auprès de ses collègues : le harcelé est victime de rumeurs, est raillé pour ses défauts physiques ou psychologiques ou encore ses convictions politiques ou religieuses, son travail est noté inéquitablement, etc.
4. Les agissements visant à discréditer la cible dans son travail : le harcelé est privé de toute occupation ou tâches, ou bien des tâches absurdes et inutiles, on le pousse à effectuer des travaux humiliants ou très supérieures à ses compétences pour la discréditer.
5. Les agissements visant à compromettre la santé de la cible : le harcelé est contraint à des activités dangereuses et nuisibles pour la santé, est agressée physiquement ou sexuellement, son travail peut être intentionnellement mis en pièces ou des dégâts occasionnés à son domicile.

On peut ajouter à cela que la communication lors d’un harcèlement n’est pas une vraie communication, c’est un flot de critiques ou remarques négatives sans discussion possible ni remise en question. Ainsi, discuter avec le harceleur n’est pas une option valable ni un moyen de s’en protéger.

Comment se défaire du harcèlement

Tout d’abord il est important de réagir le plus vite possible car plus le harcèlement perdure et plus les traumatismes et séquelles psychologiques seront profondes. Si vous avez remarqué l’un des 45 agissements décrit plus haut dans votre lieu de travail, ne faites pas comme si rien ne s’était passé par honte ou bien pour oublier.

Si vous avez été un jour victime de harcèlement ou que vous l’êtes actuellement, voici quelques méthodes pour s’en sortir:

1 – Gardez une trace du harcèlement

Nous avons tous tendance à vouloir oublier les événements négatifs ou traumatiques, à les repousser au fin fond de notre esprit et de faire comme s’ils n’avaient jamais existé. Hélas, l’inconscient n’oublie rien et les situations traumatiques s’accumulant vous risquez un beau jour de « craquer » sous le flot de ces événements négatifs qui n’ont pas été traités.

Le meilleur moyen d’agir contre le harcèlement, c’est au contraire d’en prendre note.
Enregistrez avec votre portable, ou un dictaphone les altercations, ou écrivez sur papier les situations qui se sont produites durant la journée. D’une part cela servira de preuve à l’encontre du harceleur plus tard, et deuxièmement cela vous permettra de ne pas prendre sur vous la responsabilité du harcèlement, en prenant du recul.
En notant en détail tout ce qui vous arrive, vous regagner le contrôle de la situation. Bien entendu, il ne faut pas faire durer le harcèlement sous prétexte d’avoir plus de « matière » à noter, vous risquez sinon d’exploser en plein vol.

Gardez consciencieusement tout ce que vous avez consigné dans un dossier, si licenciement il y a, vous aurez également des supports sur lesquels vous appuyer et négocier.

2 – Faites-vous soutenir par votre entourage

Comme l’un des objectifs du harceleur est que vous vous sentiez isolé, il faut que vous obteniez du soutien.
Que ce soit de votre famille, d’amis, de psychologues ou médecins ou bien d’un leader spirituel, en dehors du lieu de travail. Ne restez pas seul face à la situation. D’autant plus que vous pourriez leur montrer ce que vous avez noté ou enregistré du harcèlement.
En dehors du seul soutien psychologique face à cette situation désagréable, ils peuvent aussi vous donner des pistes pour vous sortir de ce cercle vicieux et appuyer votre démarche auprès de la médecine du travail ou inspecteur du travail.

De même, ne restez jamais seul avec le harceleur, autant que possible restez avec des collègues ou témoins (alliés ou non), ce qui limitera d’une part le champ d’action du harceleur et d’autre part, vous permettra d’afficher plus largement ses agissements (voir le point n°4).

3 – Demandez la médiation d’un supérieur

Si le harcèlement est provoqué par l’un de vos collègues, il est toujours possible de faire appel à la médiation d’un manager ou d’un supérieur. La majorité de ceux-ci sont tout de même réticents à gérer ce genre de situations, toutefois pour les persuader d’agir il faut utiliser des arguments liés au travail.
Par exemple, ne décrivez pas les violences psychologiques dont vous faites preuve, car cela vous fait apparaître comme « vulnérable » et que vous « méritez votre sort ». Il faut plutôt dire que le refus de collaborer d’un collègue met en péril la qualité du travail de l’équipe, empêche un projet d’être fini dans les temps ou encore vous empêche de travailler.
Ainsi le supérieur ou manager aura toutes les raisons d’intervenir car celles-ci concernent l’employeur directement et non uniquement vous.

4 – Rester calme et répondre par des réponses courtes

Le harceleur n’aura de cesse de vous harceler jusqu’à ce qu’il obtienne une victoire sur vous, cette victoire passe généralement par une crise émotionnelle (énervement, impulsivité, colère, crise de larmes…) qu’il utilisera ensuite contre vous. Au lieu de cela, il faut prendre de la distance avec ses émotions et agir rationnellement, en restant calme.
Tout comme dit précédemment, argumenter ou se justifier avec le harceleur, cela ne fera que lui donner de la matière à argumenter contre vous. À la place, il est plus intéressant de mettre le harceleur face à ses contradictions : « Pourquoi vous hurler/me coupez la parole/m’ignorez ? », s’il y a des témoins autour, le harceleur passera pour une personne immature.

Une autre façon de faire est de couper court aux agissements avec une réponse en 3 temps.
Par exemple, « 1. Vous m’empêchez de m’exprimer. 2.Ça me déplaît. 3.Je mets donc fin à cette entrevue. »
Le 1. correspond à une courte description de la situation.
Le 2. correspond à l’expression de ses limites.
Le 3. correspond à la conséquence.
Si le harceleur s’accroche, il faut réitérer une réponse en 3 temps « 1.Vous m’empêchiez de parler, maintenant vous m’empêchez de partir. 2.Je ne supporte pas cette situation. 3.Je pars. »
Ce type de réponse permet de mettre de la distance vis-à-vis de ses sentiments et ne pas laisser de prise au harceleur pour répondre.
S’il y a des témoins il ne faut pas hésiter à décrire la situation à haute voix, avec neutralité. En s’exprimant sur les non-dits, cela casse les plans du harceleur et les témoins se retrouvent informés de la situation.

5 – Demandez de l’aide aux autorités compétentes

Si le harcèlement provient d’un supérieur hiérarchique qui n’a personne au-dessus de lui, ou que ses supérieurs ne veulent rien savoir de vos plaintes malgré qu’elles soient documentées, il ne sert à rien de rester dans cet emploi. La situation ne changera pas, et même si un jour le harceleur se lassait ou démissionnait, cela n’effacera pas les lourdes séquelles psychologiques que vous aurez subi.
Travailler sous la crainte constante d’avoir à affronter le harceleur et ses piques n’est pas viable ni sur le court terme et encore moins sur le long terme. La seule chose à gagner est un licenciement propre avec indemnité et que vous puissiez ensuite retrouver du travail ailleurs, dans une entreprise qui ne laisse pas ce genre d’agissements se produire.

De même, si ledit supérieur vous fait effectuer des tâches dangereuses, vous agresse physiquement ou sexuellement, il est plus que temps d’alerter la police/médecine du travail/inspection du travail et signaler l’acte délictueux. Ne jouez pas aux héros, vous n’avez absolument rien à y gagner. Même s’il se trouvait que vous arriviez à vaincre physiquement le harceleur, celui-ci conservera son poste et vous fera porter le chapeau. Si vous êtes victime d’un agresseur et que personne ne semble s’intéresser à votre sort [Effet du témoin], pointez du doigt une personne et dites-lui clairement « Je me fais agresser, appelez la police. »

Conclusion

Le harcèlement n’est pas un jeu ni quelque chose à sous-estimer, des millions de vies dans le monde entier sont ainsi chamboulées, mises à mal ou détruites par ce qui semblait n’être qu’une petite remarque de temps à autre. Le harcèlement est aussi la cause d’un nombre incalculable de dépressions voire de suicides.
Si la situation est insoutenable pour vous, quittez votre emploi. Rien ne réparera jamais les préjudices que vous avez vécu, et rester plus longtemps ne serait que donner le bâton pour vous faire battre.

Cependant je l’espère qu’avec ces méthodes d’autodéfense, vous saurez être armé pour vous défendre face à ces comportements pervers, encore très mal sanctionnés dans nos sociétés industrialisées.
N’hésitez pas à partager en commentaire vos méthodes ou expériences à ce sujet !

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Adam Fartassi
Jeune étudiant passionné de développement personnel, je vogue sur le web pour vous transmettre les meilleures méthodes pour changer de vie. Visez l'excellence, et renouez aujourd'hui avec votre fabuleux potentiel

3 Commentaires

  1. Adam FartassiAdam Fartassi (Auteur de l'article)

    Bonjour Isabelle,
    Je comprends que votre situation est difficile actuellement, et vous avez déjà eu le courage de porter cette affaire devant la justice.

    Dans un premier temps, vous pourriez déjà vous changer les idées en faisant du sport, ou une activité qui vous plaît, dès que vous rentrez du travail. Pour ne pas rester à ressasser cet environnement négatif, même chez vous.

    Puis, dans un deuxième temps, de chercher des offres d’emplois qui s’approchent le plus du domaine dans lequel vous êtes et qui vous plaisent. N’hésitez pas à envoyer des CVs, même si vous pensez que cela pourrait échouer, vous pourrez d’ailleurs toujours apprendre sur le tas si cela réussi.

    Si vous voulez changer de branche complètement, renseignez-vous sur les opportunités que vous pouvez avoir. Dans tous les cas, votre expérience dans cette collectivité territoriale n’est pas vaine et doit être notée dans votre CV. Rapprochez-vous de Pôle emploi ne serait-ce que pour avoir des conseils sur des secteurs qui pourraient mieux vous convenir.

    En espérant que votre situation se résolve rapidement,
    Adam.

  2. Isabelle La Flamincke

    D’ici qq semaines, un recours sera effectué au TA mais pendant ce temps. Je m’enfonce dans la perte de sens de mon travail et je perds quotidiennement confiance et estime. A dire vrai, j’oscille entre la dépression et la déprime.
    De plus, je suis complètement isolée car les collègues ne font rien, fuient la situation voire cherchent à me rendre responsable en trouvant des circonstances atténuantes au harceler.
    Que puis-je faire?
    Merci

  3. Isabelle La Flamincke

    Je suis,fonctionnaire statutaire, harcelée au sein d’une petite collectivité territoriale depuis presque 3 ans.
    Ma lutte actuelle est de refuser de faire une tâche ingratifiante qui ne correspond ni à mon grade, ni à ma filière.
    Je cherche à partir mais ce n’est pas si simple. Le système des mutations est très codifié et malheureusement, les annonces sont souvent faites pour la forme alors que les postes sont déjà promis à des « connaissances « .
    J’en rêve de partir mais je n’y arrive pas. De plus, je perds beaucoup de technicité et de savoir-faire puisque je suis au placard et que je n’ai rien à faire.
    Comment puis-je avancer et trouver une issue positive?

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